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Capitaine Touré : Les étoiles d’un gradé militaire doivent servir à éclairer la destinée d’un peuple

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Capitaine Touré : Les étoiles d’un gradé militaire doivent servir à éclairer la destinée d’un peuple

L’homme sur la photo s’appelle Fred Gisa Rwigema, né le 10 avril 1957 à Gitarama (Rwanda) et décédé le 2 octobre 1990). Il est l’un des membres fondateurs du Front patriotique rwandais et considéré comme un héros de l’histoire du Rwanda.

Cet homme a grandi en Ouganda, pays dans lequel ses parents se sont réfugiés après le premier génocide Rwandais de 1963. Très tôt, à seulement 22 ans, précisément en 1979, RWIGEMA rejoint l’Armée nationale de libération de l’Ouganda, qui s’empare de Kampala sous le commandement de l’actuel Président Ougandais Yoweri Museveni qui renverse le pouvoir en place.
Après cette victoire il fut nommé général major, l’équivalent d’un général de division dans le système français, faisant de lui l’officier le plus gradé des militaires Ougandais issus des réfugiés Rwandais, à seulement 32 ans. Il est nommé également vice-ministre de la défense dans le même pays, pour récompenser ses efforts de guerre.
Malgré les privilèges à son jeune âge et son haut rang, il n’a pas oublié d’où il venait, en l’occurrence son peuple au Rwanda. Ainsi, à la tête du Front Patriotique Rwandais, l’homme lance une offensive le 1er octobre 1990 contre le régime rwandais de l’époque. D’après le Major Mapende, camarade de lutte de Fred, témoin de sa mort, l’homme était tellement brave, courageux et déterminée qu’il occupait la ligne de contact au front, malgré son grade de général. Il fut tué au combat le 02 octobre 1990, deuxième jour de l’attaque, à l’âge de 33 ans.
A la mort de Fred, un autre jeune militaire d’origine rwandaise qui suivait ses études militaires aux Etats-Unis et qui fut Directeur Adjoint des Services de Renseignement Militaire Ougandais, est revenu le suppléer pour continuer le combat. Son jeune successeur s’appelle Paul KAGAME qui n’avait que 33 ans en 1990 et dirigea les combats avec succès, aujourd’hui Président du Rwanda. L’histoire de ces hommes devrait figurer dans tous les manuels scolaires africains. Quel mérite pour ces hommes !!!!
Entre ce jeune général qui abandonna famille et confort, pour mourir au combat pour la liberté de son peuple et un vieux général qui toute sa carrière a léché des bottes pour finir sa retraite dans un verger pour se faire oublier par l’histoire, le choix est vite fait.
Un jeune général qui nous démontrait il y’a longtemps, que les étoiles d’un gradé militaire doivent servir à éclairer la destinée d’un peuple et non à illuminer le chemin d’une gloire individuelle.
Comme quoi l’âge est accessoire pour un être humain, ce qui fait l’homme, c’est la maturité, l’engagement et l’état d’esprit.
Malheureusement, bon nombre d’entre nous de cette génération actuelle, à la place du général RWIGEMA aurait préféré trouver une villa, un bon véhicule et vivre heureux.
J’ai comme l’impression que pour nous intellectuels africains de la génération contemporaine, en tout cas pour la majorité, l’objectif est de gagner un salaire, avoir une épouse, se faire une belle maison et acheter une belle voiture. Peu importe que le voisin soit violé, tué, qu’il meure de faim, l’essentiel c’est de vivre égoïstement le bonheur chez nous. C’est ce que j’appelle vivre pour sa personne. Mais retenez qu’un homme qui ne vit que pour lui-même, partira comme il a vécu, sans laisser de trace. En d’autres termes, il aura vécu inutilement.
La réussite ne se mesure pas au bien matériel acquis. Réussir sur terre, c’est osé s’affirmer en ayant le courage de ses idées. C’est surtout être libre dans son être, comme l’étaient GUVERA, RWIGEMA, MANDELA, SANKARA, GHANDI et LUMUMBA. Ces hommes nous ont prouvé que la liberté n’est pas une situation mais un état d’esprit. Ils ont été libres toutes leurs vies quels que soit le lieu et le lien.
Maintenant qu’arrive-t-il actuellement à la majorité de la jeunesse africaine ?
Pourquoi nous jeunes intellectuels d’aujourd’hui, n’avons plus cette fierté et la mentalité critique des aînés qui nous ont conduit aux indépendances ?
Notre système éducatif est-il la source du problème ?
Je n’arrive toujours pas à comprendre, comment est-ce possible, qu’une personne d’un certain niveau d’instruction (maitrise ou Doctorat), peut se laisser mener par le bout du nez, comme un mouton, pour un intérêt purement matériel. Il n y’a qu’en Afrique où une personne ose nier l’objet de sa propre thèse de doctorat pour plaire à un homme politique parfois moins instruit. Nous acceptons de nier l’évidence pour des miettes, pour se débarrasser de la misère. En vérité, la vraie misère c’est d’être au service d’un homme qu’on sait malhonnête mais qui nous procure un avantage matériel qui nous oblige à l’aduler.
Quelle est l’origine de ce complexe de la jeunesse africaine ? Pourquoi croire que nous sommes incapables parce que nous sommes jeunes ? Pourtant l’histoire et l’actualité ont montré que la jeunesse peut être plus convaincante que la sagesse d’une vieillesse inconsciente.
Pour preuve,
Le Président Alpha CONDE 83 ans fut raisonné par un jeune de 37 ans ;
Le Président Ibrahima Boubacar KOITA 76 fut renversé par un jeune de 38 ans ;
Le capitaine Thomas SANKARA prenait le pouvoir à seulement 33 ans ;
A 35 ans Patrice LUMUMBA libérait le Congo et devenait premier ministre le plus charismatique de son histoire à jamais.
Je ne magnifie pas leur attitude à tous, mais il faut reconnaitre qu’ils ont le mérite d’avoir osé à un moment donné, prendre leurs responsabilités, ce qui marqua une différence dans l’histoire de leurs Etats respectifs.
Malheureusement la triste réalité africaine est que nous assisterons à un éternel recommencement, à chaque fois que le pouvoir passera d’une main à l’autre. Car la jeunesse qui lutte dans l’objectivité, fera toujours face à un raisonnement d’une politique alimentaire qui dure depuis des siècles. Cette mentalité qui conduit l’africain à enchainer son frère pour le vendre à son profit. Cette manière de raisonner, qui nous conduisit à combattre nos voisins et frère pour l’intérêt d’un occupant étranger, qui se retourna ensuite contre nous autres. Voilà l’esprit qui aujourd’hui encore anime les opposants politiques d’Afrique d’hier qui accèdent au pouvoir et oublient aussitôt les maux d’antan, pour un gain personnel.
A ce rythme nous risquons fort une recolonisation dans quatre générations.
Il est encore temps, en Afrique, de reprendre nos esprits et de nous battre pour notre être, car personne ne le fera à notre place. Soyons une jeunesse consciente et pacifique sans se confondre dans la peur. Un homme pacifique est celui qui n’use pas de la violence pour se faire entendre mais qui résiste face à l’oppression. La peur pour un être, c’est de s’avoir être en droit de protester, de se faire entendre pour une situation qu’on subit dont on sait injuste, mais qu’on décide de rester silencieux et se laisser oppresser, voire maltraiter, sans sourciller malgré les garanties d’une loi. Si vous vivez avec la peur, vous vivrez peut-être heureux et riche mais jamais libre. Thomas SANKARA disait « l’esclave qui n’est pas capable d’assumer sa révolte ne mérite pas que l’on s’apitoie sur son sort. Cet esclave répondra seul de son malheur s’il se fait des illusions sur la condescendance suspecte d’un maître qui prétend l’affranchir. Seule la lutte libère ». Même l’article 2 de la Déclaration des droits de l’homme et du citoyen du 26 août 1789, précise que « Le but de toute association politique est la conservation des droits naturels et imprescriptibles de l’homme ». Donc lorsque ces droits font défauts pour un être humain, il est légitime de se faire entendre.
N’ayons pas peur de réclamer ce qui nous revient de droit. La peur est une idée, elle n’existe pas en réalité. Mais chacun d’entre nous peut se faire cette idée à un certain moment, face à une certaine situation. Pour avoir fait face à certaines personnes ayant occupé de hautes fonctions à des moments critiques de leur existence judiciaire, j’ai compris que tous les hommes se valent. Lorsque les masques tombent, les plus arrogants sont parfois les plus doux. Ne vous laissez pas impressionner par le verbe facile de certains dont le courage est un masque que la fonction alimente. Que ne vous outrage point l’attitude des insulteurs sur internet ! Car la réalité a montré que derrière une virulence caractérisée sur la toile, se cachent des hommes et femmes qui n’osent pas prendre la parole en réunion de famille. Ils s’empressent sous l’anonymat pour s’en prendre à des hommes qui ont su braver la barrière de la peur pour s’affirmer.
Peu importe ce que pensent la plus grande partie de l’humanité, si vous êtes surs de combattre pour la bonne cause, ne réfléchissez pas, n’écoutez personne, surtout n’ayez pas peur, car Dieu est avec les endurants et l’histoire est, et sera toujours de votre côté.
Dans ce monde, nous avons tous un intérêt à défendre face à une situation particulière cependant nous savons aussi tous, ce qui est juste.
Rappelez-vous que le premier homme le plus célèbre, à être pendu au USA, après une condamnation à mort, pour la sécession de l’esclavage est un homme blanc, le Capitaine John BROWN, qui consacra toute sa vie et celle de ces enfants à se battre pour la cause noire ; alors que les noirs eux-mêmes n’y croyaient pas et le traitaient de prétentieux. Mais il a cru à la justice de sa cause et l’histoire a donné raison à John BROWN.
Si j’ai appris une chose des grands hommes qui ont fait l’histoire, c’est de ne jamais accepter de mourir inutilement mais aussi de ne jamais avoir peur de mourir pour la bonne cause.
Seydina Oumar TOURE