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Reforme au Sénégal : Le chef de l’Etat ne doit plus être chef de parti (Assane Samb)

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Reforme au Sénégal : Le chef de l’Etat ne doit plus être chef de parti (Assane Samb)

A écouter actuellement le Président de la République s’exprimer sur les questions de politique au niveau national, nous pensons qu’il en vient même à oublier ses fonctions pour celles de chef de parti, de chef de coalition.  Quand il soutient que personne ne peut l’intimider, parle-t-il de lui en tant que personne ou de l’Etat du Sénégal ? Il est évident qu’il parle de lui et confond ainsi sa personne avec l’Etat.

Il était alors plus juste de dire que personne ne peut faire trembler la République ou faire en sorte que l’Etat fléchisse.  La réalité est que, finalement, tout est confus dans la tête du Président : Il en est à oublier que la République n’a pas de sentiment ou d’Etat d’âme. Elle ne saurait être intimidée, surtout par des citoyens parce qu’elle incarne, aussi, ces dernières. C’est pour cette raison d’ailleurs qu’un Président de la République ne courbe pas l’échine devant une autorité religieuse. L’Etat ne se met pas en génuflexion devant quelqu’un.

Tout pour dire que le problème du Sénégal vient fondamentalement du fait que l’on a longtemps confondu les fonctions de Chef de l’Etat et de chef de parti. Outre la personnalisation et parfois la patrimonialisation de l’Etat, c’est ce phénomène qui est l’une des sources de nos problèmes.  Or, quand le Chef de l’Etat déclare ‘’qu’on sera président de tous les Sénégalais’’, il a tendance à oublier que c’est par rapport au fait que tout le monde n’avait pas souhaité qu’il soit élu, que certains vont s’opposer à lui et le combattre, qu’il ne fera jamais l’unanimité.

Mais, malgré ce qui ressemble à une hostilité, le Président doit rester serein, impartial, équitable, honnête et généreux, même s’il n’est pas exclu qu’il soit ferme quand il le faut.  C’est en cela que Macky aurait raison de dire que personne ne peut l’intimider.  Mais, s’il sous-entend qu’en tant que personne, il est courageux, il oublie ses fonctions, s’érige en Chef de clan et ne fait pas mieux qu’un chef de gang. Donc, pour aider les futurs présidents à assumer correctement leurs fonctions, il faudra introduire la réforme qui consiste à ne plus faire d’eux des chefs de partis.  On a trop longtemps parlé de cette réforme sans que quelque chose ne soit tenté pour la réussir.

Lors du dialogue politique et même durant ceux qui l’ont précédé, cette réforme n’a jamais vraiment pu être acceptée comme démarche sûre de maturation de notre processus démocratique.  Car, il est trop commode pour les partis et coalitions d’avoir de tels leaders, alors qu’ils gèrent tous les pouvoirs de l’Etat directement ou indirectement. Cela procure des avantages sur ses adversaires, mais a le sérieux inconvénient de faire du président de la République, un partisan aveugle dont le souci sera de protéger certains et d’écraser d’autres.  Pis, il sera dans les batailles politiques permanentes au point d’en oublier les missions régaliennes d’utilité publique et d’intérêt général.

La preuve, même pour des élections locales, le Chef de l’Etat est obligé de s’impliquer à fond et de devoir faire face aux attaques de l’opposition.  Pourtant, nous restons convaincus que le jour où l’on arrivera à instaurer cette réforme, ce sera un grand ouf de soulagement pour nos dirigeants et une façon radicale de dépassionner le dialogue politique et les batailles subséquentes.  Malheureusement, personne n’est pressé à instaurer une telle réforme du fait des nombreux avantages que procure la gestion du pouvoir au parti. A contrario, s’il veut être réélu ou gagner à toutes les élections, le Chef de l’Etat a tout intérêt à s’appuyer sur un appareil solide.

Du coup, nous devons nous contenter de la formule actuelle qui végète ses propres faiblesses avec une démocratie immature qui plonge le Président de la République et les autres acteurs politiques dans une campagne électorale permanente.

Dakarmatin avec Senegal7