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Lutte : De Mbaye Guèye à Zoss, le chemin du retour a toujours été difficile

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Lutte : De Mbaye Guèye à Zoss, le chemin du retour a toujours été difficile

Des lutteurs en difficulté qui quittent l’arène pour revenir plus forts, ça ne court pas les arènes sénégalaises. Zoss et Issa Pouye, les derniers à tenter le retour, ont échoué…comme Mbaye Guèye, Tyson…

On dit souvent qu’un combattant battu par Ko, c’est comme un vase brisé, on peut recoller les morceaux, mais il restera toujours un trou. C’est sous cet angle que l’ancien directeur technique national de la boxe sénégalaise, Mamadou Diallo analysait la défaite par Ko de Zoss face à Siteu en avril 2017. C’était le deuxième Ko consécutive qui a envoyé Zoss dans les vapes, après celui que lui a infligé Gouy Gui lors du tournoi de la TNT un an auparavant. D’ailleurs, après la défaite de trop face au jeune Siteu, Zoss avait tout bonnement décidé d’anticiper sa retraite. 5 ans après, celui qui a construit sa popularité dans l’arène avec son sobriquet de «Showman» a, à la surprise générale, annoncé son retour dans une arène qui s’est renouvelée avec des nouveaux jeunes combattants impitoyables. Le retour de Zoss ne se passe pas comme il l’aurait aimé. Il n’a même pas eu le temps d’inquiéter Alioune Sèye 2 que son œil s’est fendu et a libéré du sang à flot. Impossible de continuer le combat, la victoire est accordée à Aliou Sèye qui avait, quelques mois auparavant, remis à sa place Issa Pouye, un autre revenant qui avait déserté 8 ans avant ce revers. Ces deux retours foirés ne font que confirmer la force de l’habitude. Des lutteurs qui ont quitté l’arène et qui ratent leur retour, ça a toujours existé dans la lutte avec frappe sénégalaise.

Manga 2, l’exception 
«Ça date de longtemps » et les cas les plus populaires, selon le chroniqueur Ngagne Diagne, c’est d’abord feu Mbaye Guèye, le Tigre de Fass. « Il avait à un moment mis sa carrière en veilleuse, mais son retour a été sans succès car il a été battu par Mouhamed Ali et il a transmis le flambeau à son jeune frère Moustapha Guèye en 1986 », raconte le monsieur lutte de Itv, pour qui, il faut analyser les «retraites» sous plusieurs angles. Pour certains, quitter parce qu’ils ne gagnaient plus était une décision qui s’imposait toute seule, mais pour d’autres, ça a souvent été un repli stratégique. «Manga 2 avait, à un moment de sa carrière, pris du recul, c’était pour revenir en force et il l’a réussi lors de son combat contre Balla Bèye 1. «L’éternel champion», titre le journaliste  Majib Sène dans «Les  chroniques du Doyen». «Manga II, fils des eaux bénites de Mama Guédj, la veilleuse de Fadiouth, l’île aux coquillages, a marqué de ses empreintes indélébiles, la lutte sénégalaise. Cette île, véritable nurserie des champions en herbe, a produit des athlètes d’une puissance extraordinaire, à l’image de Manga II qui a régné dans l’arène pendant plus d’une décennie, coiffé de la couronne royale. C’est le seul lutteur qui a quitté l’arène pendant deux ans, puis revenir plus fort qu’auparavant. Après sa défaite à ses débuts devant Mor Nguer, l’inimitable champion Abdourakhmane Ndiaye Falang, me prédisait le prestigieux destin de cet athlète racé, élégant et souple comme les lianes épanouies de sa contrée. La suite lui donna raison, car tous ses adversaires mordirent la poussière devant lui», dit l’un des doyens des journalistes sportifs sénégalais.
Ngagne Diagne rappelle toutefois que l’ancien roi des arènes a quitté l’arène une deuxième fois, mais ne reviendra pas plus fort, car après sa défaite face au champion naissant de la fin des années 90, le leader de la génération Boul Faalé, Mouhamed Ndao «Tyson», Manga 2 a raccroché à jamais. Avec un palmarès inoubliable.

Tyson a eu son tour chez le coiffeur 
Comme tu fais, on te fera ! Tyson a, à son tour, eu droit au sort qu’il a infligé à Manga 2, celui d’être envoyé à la retraite par ses jeunes frères. Il a d’abord été détrôné par Bombardier le 25 décembre 2002. En tentant de prendre sa revanche sur le B52 de Mbour, il a encore pris une claque ! Du moins, après une chute étriquée, Tyson a refusé de reprendre le combat. Il payera cher son comportement avec une suspension de laquelle il ne se remettra jamais. S’il avait réussi à faire de son retour un grand événement, côté business, il a calé sur le plan sportif face à Yékini en 2010. Le mythe Tyson s’effondre, par la suite, après ses défaites face à Balla Gaye 2 en 2011 et Gris Bordeaux en 2015.
«Dans le cas de Tyson, c’est un peu différent. Il n’avait pas quitté l’arène volontairement. C’est une suspension qui l’en avait éloigné. Malheureusement, il n’a pas réussi son retour», précise Ngagne Diagne.

Balla Gaye 2, le repli stratégique 
Son ascension fut aussi fulgurante que le début d’une chute sans précédent, roulant sur deux défaites de suites : face à Bombardier en 2012 et Eumeu Sène en 2015. Pour arrêter l’hémorragie, le dompteur de Yékini a battu en retraite, par stratégie. «Balla a senti qu’il allait droit au mur, il s’est arrêté, il a pris du recul, le temps de se refaire, de faire des sacrifices pour réussir son retour. La suite lui a donné raison, parce qu’à son retour, il a remporté son duel contre Gris Bordeaux (2018) et a battu une deuxième fois Modou Lô (2019). 
Si Issa Pouye et Zoss n’ont pas réussi leur retour, selon Ngagne Diagne, c’est parce qu’ils ne l’ont pas préparé sérieusement. C’est le promoteur Gaston Mbengue qui les a sortis du placard. Avec son retour en force, Gaston Mbengue voulait réussir un grand coup en faisant revenir des lutteurs qui ont fait les beaux jours de la lutte avec frappe. Zoss et Issa Pouye n’ont pas su résister à l’offre de Gaston et ils ont accepté de revenir à la va-vite. Conséquence : manque de repères, ils ont été battu par un même adversaire, Alioune Sèye 2. A qui le tour ?

 Zoss sur sa défaite face à Aliou Sèye : «On ne peut pas juger mon retour sur ce combat qui n’est pas allé à son terme »

«Je n’ai pas eu de problème de repère et tout ce que j’entends dire dans les analyses. On ne peut pas juger mon retour sur ce combat qui n’est pas allé à son terme. C’est un combat que j’ai perdu sur décision arbitrale. On est entré en contact et ses ongles m’ont déchiré la paupière inférieure. Donc cette défaite n’a rien à voir avec tous ces arguments qu’on me balance : manque de repères d’un athlète resté des années sans combat. Si le combat était allé à son terme et qu’on me domine sur le plan physique et technique, à la rigueur. Il y a des lutteurs qui sont toujours en activité et qui se font terrasser de la manière la plus humiliante. Moi, j’ai juste été blessé et le combat s’est arrêté, donc on ne peut pas me juger. Si j’avais perdu les repères, je n’allais pas ouvrir les hostilités, attaquer l’adversaire. Je suis là pour lutter, je ne considère pas que j’ai raté mon retour. L’avenir nous édifiera.»
IDRISSA SANE